Halte à Kalaw

Par Charlayeur • 7 février 2008 • Categorie: Carnet de voyage

Arrivé depuis le 18 mars en Birmanie, j’ai déjà fait une boucle dans le nord du pays et je reviens désormais sur mes pas pour rejoindre la capitale, Rangoon. En chemin je fais une halte de deux jours à Kalaw, ou j’étais passé, quelques jours avant, sans m’arrêter.

Ce récit commence au moment ou je quitte NyangShwe, au bord du Lac Inle.

 

6 avril 2004

Après avoir rectifié ma note d’hôtel qui contenait bien 5 ou 6 erreurs et qui la multipliaient par 2, je règle et je me rends à la sortie de la ville à 5 minutes à pieds pour prendre un pick-up. Il me laisse 30 minutes plus tard à une jonction ou j’attrape un second pick-up pour Kalaw. J’arrive vers 13h00 après un voyage assez mouvementé et je prends une chambre à 2$ à la Golden Lily GuestHouse. D’emblée, la propriétaire (je suppose que c’est Lily) me propose un guide pour un trekking dans les environs et un billet de bus pour n’importe ou où j’aimerais aller. Pas de chance j’ai déjà mon billet pour Rangoon et j’aime autant marcher seul…

Dans ma chambre, comme dans toutes les autres chambres à 2$ (je suis allé vérifier), il y a sur une petite table 3 préservatifs goût fraise (c’est marqué dessus !). Sûrement la petite note personnelle de l’hôtel.

Dans ma chambre toujours, j’entends des milliers d’oiseaux qui se sont installés entre le toit et mon plafond en contre-plaqué, je regarde avec beaucoup d’intérêt cette fourmilière qui dépasse du mur au dessus de mon lit et je tue 6 moustiques tout en terminant mon Stephen King.

A 14h30 je suis allé mangé un Dal-Baht(1). Ca faisait longtemps… et il y a beaucoup de népalais à Kalaw apparemment. J’y retourne le soir pour prendre une soupe de nouilles car mon estomac ne va pas mieux(2).

A 17h00 un orage a éclaté et il a plu pendant 2 heures. Décidément, à chaque fois que je passe à Kalaw il pleut(3).

7 avril 2004

Toujours un peu malade je descend prendre mon petit déjeuner. 3 japonais ont déjà commencé et ont devant eux pleins de plats remplis de riz, de curry, de fruits et de pleins d’autres mets qui ont l’air succulents. Je m’assoies à côté d’eux et, la supposée, Lily arrive. Elle me demande si je préfère des toasts ou des chapatis avec mes œufs… allez, va pour des chapatis… puis elle s’en va. Elle revient 5 minutes après avec un gros chapati qui n’a pas l’air trop bon et des œufs brouillés dessus. Point, c’est tout. Les japonais arrêtent de mâcher et me regardent. Je dois leur faire pitié, l’un d’entre eux me tend doucement une banane. Je refuse gentiment d’un signe de la main, puis en rejetant un coup d’œil à mon assiette, je finis par accepter. C’est tout juste si à ce moment là il ne m’a pas fait une petite tape amicale sur l’épaule…

Alors je ne sais pas, peut être qu’ils ont commandé le petit-dej « spécial Lily », ou que je suis arrivé 5 minutes trop tard après la happy hour… mais j’ai comme dans l’idée qu’ils ont plutôt pris une chambre à 4$. J’éclaircirai ce mystère plus tard.

En attendant je vais prendre une douche après m’être écorché deux orteils sur le rebord du lit et avoir fait 4 visites aux toilettes. Je m’habille en randonneur et pars vers l’inconnu, sans dire au revoir.

J’escalade 3 montagnes, je passe une heure à bronzer en haut de la dernière, je crois quelques moines, une grand-mère qui m’invite à bêcher son champs avec elle, je traverse quelques villages typique de la région Shan, et un fermier musulman qui cultive des sortes de prunes à flanc de montagne m’invite dans son jardin. Il m’avait vu descendre sur le flanc d’en face à travers la forêt de pins. Il se demandait d’ailleurs pourquoi un birman n’empruntait pas le chemin habituel et avait donc opté pour l’option d’un touriste perdu, mais de loin, insista t-il, je ressemblais vraiment à un birman.

Je suis assez content qu’il m’ait pris pour un de ses concitoyens. Mon bronzage et mon chapeau de plus en plus sale commencent à faire couleur locale. En revanche pour le coup du touriste perdu, je lui explique, en vain, que je voulais vraiment couper à travers les pins plutôt que de suivre le chemin… parce que moi, monsieur le fermier musulman, les sentiers tous tracés ça va bien un moment !

Sur ce, il se met à rigoler et va me chercher une banane dans sa cahute. Décidément, c’est ma journée où je fais pitié. Je reste discuter une petite heure, en anglais, avec le cultivateur de prunes, qui a la soixantaine bien qu’il paraisse avoir 40 ans, et semble très instruit.

Je repars vers Kalaw où j’arrive à 14h00.

Il est 17h00, je suis installé au petit balcon à côté de ma chambre où les moustiques hésitent à rentrer maintenant qu’ils me connaissent. Un orage gronde à quelques montagnes d’ici. Kalaw, ça doit être le Aurillac Birman ! C’est cette ville ou l’on voit à la météo tous les soirs un gros nuage noir avec de la pluie, de la grêle, de la neige ou du verglas, une tornade, peut-être un petit tremblement de terre à l’occasion… mais bon quand ça cogne, ça cogne : j’ai encore pris une claque sur le nez et les épaules.

Je me décide à descendre voir Lily pour éclaircir le point du petit déjeuner de ce matin. Elle est partie au marché mais je tombe sur son frère qui me demande s’il peut faire quelque chose pour moi. Je lui demande s’il y a différents petits déjeuners selon le type de chambre qu’on a choisi, et sans vraiment me répondre il me demande ce que j’aimerais pour demain matin. Sur ce je lui dit que ce matin les japonais avaient eu un superbe petit-dej et… sans avoir le temps de poursuivre il me dit qu’il verra ça avec sa sœur quand elle rentrera du marché et que ce n’est pas un problème. Bon.

Vers 18h00 je retourne au même restaurant qu’hier, le Ernest Nepali Food Center ou je commande un curry de légume et un banana lassi (sorte de milkshake népalais à la banane). Au même moment, une averse tombe pendant quelques secondes à peine mais avec une telle violence qu’elle inonde littéralement les rues… d’autres averses tomberont au cours du repas.

Je profite d’une accalmie pour rentrer et au moment même ou j’arrive devant ma porte (sur laquelle j’avais d’ailleurs laissé mes clés, au cas ou quelqu’un ait eu besoin de piquer un petit som’) un nouvel orage éclate et des pluies d’une violence incroyable vont déferler sur Aurillac ! Tellement violentes qu’on entend même plus les coups de tonnerre. Il va pleuvoir ainsi une bonne partie de la nuit.

8 avril 2004

Je ne me plains pas ce matin, Lily m’apporte une assiette de riz avec des petits légumes, une assiette de tomates coupées en tranche, pareil avec des concombres, une tasse de café, une soupe de chou, des cacahuètes frites, de la papaye, un fruit que je ne connais pas mais qui a la consistance d’une poire et le goût du melon, et une omelette : Bon appétit !

Je repars aujourd’hui pour Mandalay, et mon bus décolle entre 13h00 et 14h00 selon les locaux. En attendant j’essaye de lire le livre que m’avait offert MgMyo Aung(4) à Monywa, celui qui s’intitule « Snow in the summer », et qui traite de principes du bouddhisme. Puis j’arrête ma lecture après avoir lu que « parler avec des gens, réfléchir ou penser ne sont que perte de temps ». Je ne suis pas prêt pour comprendre le bouddhisme.

A 12h30 je rend mes clés de chambre à Lily (en fait je sais toujours pas si c’est elle Lily) et me dirige vers l’arrêt de bus. Il se situe à côté d’une petite épicerie ou le gérant me confirme que le bus n’arrivera pas avant 14h00. Je lui achète un paquet de chips pour le voyage… une valeur sûre les chips quand on a eu quelques troubles intestinaux.

14h30 un bus arrive, en klaxonnant comme un fou. « L’épicier » me dit que c’est mon bus. Je cours avec mon gros sac à dos, mon petit sac, et mon rouleau en carton contenant les deux peintures que j’ai acheté à Nyang U.

Je monte et… oh ! Miracle ! C’est un bus de luxe. Presque comme les beaux bus européens. On m’indique ma place et… oh ! Second miracle ! mes genoux ne touchent pas le siège de devant… les sièges sont plutôt confortables, rabattables, y’a la clim, une bouteille d’eau pour chaque passager, je nage en plein rêve ! Tant mieux parce qu’on m’a dit que le voyage allait durer 18 heures.

Super, les deux premières heures on a droit à un karaoké birman sur l’écran de télévision. En Birmanie, ils ont la fâcheuse manie de reprendre tous les tubes de tous les pays et d’en faire des versions birmanes. Alors aujourd’hui nous avons : « Let it be » en birman, ou du Joe Coker toujours en birman, les Coors, et même le tube de l’été de Las Ketchup… et ça c’est vraiment un grand moment à vivre. Mais le meilleur moment reste celui ou nous traversons des paysages montagneux magnifiques et que tous les passagers se mettent à chanter « J’entends le loup, le renard et la belette »… Bienvenue dans la quatrième dimension !

Vers 20h00 c’est l’heure du film : un film birman, en birman, mais comme les films indiens, ce sont tous les mêmes et on comprend facilement. Puis est arrivé, vers 23h00, le moment du cauchemar. J’avais déjà vécu ça en Angleterre quand je parlais très mal anglais : le coup du film comique dans une langue étrangère. 23h00, après le film, il fait nuit, le bus me berce, j’étends mon siège pour essayer de dormir un peu, mais c’était sans compter le film comique qui démarre. Au début je ne prête pas trop attention aux ricanements derrière moi. Puis ce sont tous les passagers qui s’y mettent petit à petit, et ça devient un vrai cauchemar, parce que d’une part je ne comprend rien aux blagues (mais vu les mimiques des acteurs ça doit être du haut niveau), d’autre part les passagers rigolent tellement fort que certains manquent de mourir au beau milieu de la montagne, et enfin j’ai vraiment envie de dormir.

Il arrive parfois, pendant ces longs voyages de plusieurs mois, qu’on se demande si on est bien à sa place, pourquoi a t-on choisi d’être loin de sa maison, des sa famille, ses amis… ? et bien voila, j’y suis. A cet instant précis, où je viens de vivre en direct « le loup, le renard et la belette » version soleil levant, où je n’ai pas loupé une miette de trois heures d’une aventure amoureuse impossible, et où les passagers du bus de nuit pour Mandalay ne se contrôlent plus, que les cris, les étouffements, les beuglements, les larmes de joies et les douleurs aux abdominaux, remplacent petit à petit les fous rires automatiques déclenchés par des acteurs pas si mauvais que ça finalement… oui c’est à cet instant précis, où la solitude me gagne, que je me demande vraiment ce que je fais là !

J’ai réussi à dormir pendant 1h30, après que le bus ait fait une dernière pause vers 2h00 du matin. Je pensais arriver à Rangoon vers 8 ou 10h00. Mais nous sommes finalement arrivés à 5h00 pétante à l’immense station de bus. J’ai partagé un taxi avec des locaux et à 6h00 j’étais de retour à la Daddy’s Home GuestHouse où l’on m’a donné, complètement par hasard la même chambre que lors de mon premier passage, quand je montais vers le nord du pays.



 

(1) plat népalais, à base de riz, de viande ou de poisson en sauce et de lentilles.
(2) La veille à NyangShwe j’avais mangé des petits gâteaux a priori pas top !
(3) Lors de mon premier passage pour monter vers le nord du pays, j’étais passé par kalaw et le bus s’était seulement arrêté pour prendre deux touristes en polaire trempés par une averse qui venait de tomber.
(4) Etudiant en philosophie rencontré à Monywa quelques jours auparavant.

 

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