Hapé par une série

Par Charlayeur • 26 novembre 2007 • Categorie: Carnet de voyage

Depart_Style_JN.jpg(Juillet 2006 - Ile de la Réunion)

Vendredi, 16h30… la mer est calme ! C’est une bonne occasion pour se laisser tenter par une petite pêche à la Pointe au Sel qui d’habitude est impraticable pour un débutant comme moi…

François, JN, Ana et moi partons pour la pointe. La même où, quelques semaines avant, nous étions venus voir les gerbes d’eau jaillir à plusieurs mètres au-dessus de nous après une tempête…

On passe d’abord au Plongeur Trankil, un petit magasin d’accessoires ou JN s’achète une panoplie toute neuve de chasseur.

Une fois garés, on sort tout le materiel du coffre : les combinaisons, les gants, les palmes, les ceintures de plomb, les harpons, la planches de body transformée en planche flottante pour accrocher le filet à poissons, le couteau, la bouée pour se signaler, et Ana… pour accrocher Ana ??? oui, elle n’a pas de palmes, et pas de combi, elle va vite se fatiguer… mais quel courage !!

Bref, on marche 5 minutes, puis on passe quelques grosses rocailles pour se retrouver face à la mer, sur un rocher ou nous nous préparons… Le plus difficile au départ est de se mettre à l’eau. Il faut s’asseoir au bord du rocher et attendre qu’une vague vienne nous chercher… au moment ou l’eau est au plus haut, il faut sauter ! François et Ana partent en premier. Je saute avec JN. Une fois à l’eau, on palme… on palme pour s’echapper des vagues qui nous retiennent dans cette petite crique.

Ca y est. Je reprend enfin “conscience”… Les vagues se sont transformées en une houle plus régulière, je me suis écarté des rochers, et je peux enfin jouir du paysage sous-marin. Des grosses “patates” de corail forment des reliefs impressionnants, la profondeur de l’eau est incomparable au lagon ou l’on a pied presque partout. L’eau est également plus sombre, des petites grottes perforent les parois rocheuses et les formations de corail, créant ainsi des petits habitats aux petits poissons, notamment aux soleils.

Avec JN, nous avons le petit harpon, pour pêcher les soleils dans les trous et surtout, beaucoup plus facile à recharger que le grand. Il est moins puissant, mais ca nous suffit pour l’instant ! Chacun notre tour nous descendons en apnée pour aller “fouiller” les environs. Celui qui reste à la surface surveille l’autre, et les alentours… Les premières descentes sont toujours un peu difficiles mais ca s’améliore au fur et à mesure. Au bout d’une heure, le soleil se couche et c’est également le moment où les poissons viennent s’abriter dans les rochers. Ils sont de plus en plus nombreux mais de moins en moins visibles… Ana commence à avoir froid, on ne voit plus grand chose sous l’eau comme à la surface… au loin, l’horizon est orangé tandis que le reste du ciel s’assombrit rapidement.

François qui s’était écarté nous rejoint et nous retournons ensemble vers ce qui va être le moment le plus difficile de la journée : le retour à la terre ferme !
JN et moi restons à lécart des rochers pendant que François monte le premier sur le même rocher ou nous avions sauté une heure avant. Le principe est simple : s’aider de la vague pour monter jusqu’en haut du rocher, bien s’accorcher, et vite se retourner pour s’asseoir. Parcequ’il est difficile de grimper au rocher autrement avec les palmes, et le harpon.
François monte sans problème. Puis il aide Ana qui parvient à monter assez facilement, elle n’a pas de palmes, ca l’aide beaucoup, mais d’un autre côté elle n’a pas de combinaison qui la protège contre les rochers… bref, elle est arivée !

Nous regardons le spectacle de loin, à une dizaine de mètres, puis c’est au tour de JN. Je garde le harpon pendant qu’il s’approche de la paroi. soudain une serie de vagues arrive alors que la mer était plutôt calme auparavant. JN est balloté dans tous les sens, les vagues viennent s’engoufrer dans la petite crique et se fracasser contre les rochers… rien de bien enthousiasmant quand on est au beau milieu !
Il parvient à s’aider d’une des vague pour monter au sommet de la paroi… mais il ne se retourne pas assez vite, ses palmes l’empêchent de s’accrocher comme il faut… il glisse du haut du rocher et redévale tout jusqu’à l’eau… il réessaie une seconde fois sans succès… puis une troisième… je ne me rappelle plus exactement au bout de combien de tentatives il est parvenu à s’asseoir et à souffler enfin, mais je me rappelle qu’à ce moment là j’étais en train de me demander si ces fichues vagues allaient continuer longtemps…

François me fait signe. C’est mon tour. allez, je me lance, je nage et me rapproche de la paroi qui me semble tout à coup très haute. Les vagues se sont légèrement calmé. Une première me fait monter, je tend le harpon à François , mais je ne parviens pas à m’accrocher. Au moins j’ai pu prendre la mesure de la difficulté.

Puis une nouvelle série de vague qui viens de très loin sûrement s’engoufre au niveau des rochers où nous nous trouvons. Je palme en arrière pour ne pas me retrouvé projeté contre la roche. j’attends quelques secondes qui me paraissent longues, puis François me fait signe de recommencer… mais les vagues continuent d’entrer dans la crique… J’y vais quand même… wouhouuuuu une grosse vague m’envoie au sommet de la paroi, je m’accroche… ouais c’est bon… ah nonnnnn… mes mains glissent sur la paroi, mes palmes m’empêchent de me servir de mes pieds pour le retenir, l’eau redescend et m’entraîne litérallement avec elle. Je disparaît sous la surface, dans la blancheur de l’écume, je sens des miliers de petites bulles autour de moi… je reste quelques instants sous l’eau, entièrement aspiré par la force de la vague qui retombe.

Puis je refais surface. Bizarrement je n’ai pas eu franchement peur à ce moment là. J’ai juste essayé de palmer en direction opposé du rocher pour l’éviter à tout prix. Ce n’est qu’un instant plus tard, quand j’ai regardé derrière moi, et que j’ai vu que les vagues continuaient d’arriver, que j’ai commencé à m’inquieter. Je faisais franchement pas le malin, je me sentais tout petit et impuissant.

Enfin je me suis approché de nouveau de la paroi, une vague est arrivée, et je ne sais plus trop comment, je me suis retrouvé posé sur le rocher. Je me rappelle juste de François qui me criait de vite me retourner et de m’asseoir pour ne pas retomber dans l’eau… cette eau sombre et froide…

Il fait maintenant pratiquement nuit… nous retraversons les rochers pour atteindre la plage, puis nous empruntons le même chemin de terre pour retouner à la voiture… quelques éraflures sur les jambes et le sentiment d’avoir détesté la mer un instant. Finalement c’etait un petit manque de chance puisque 5 minutes après cette aventure, la mer était redevenue calme. La petite cerise sur le gâteau a été quand François nous a simplement annoncé que sous le rocher que nous avons remonté, il y a une grotte qui communique avec la baie de l’autre côté de la formation rocheuse, et qu’il y avait une faible chance de pouvoir être aspiré dans le trou…

bahhhh… le jeu en valait la chandelle. Si je peux j’y retournerai et je m’écarterai un peu plus de la côte pour admirer les tombants, là où la profondeur chutte brutalement…

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