Jiban dans la montagne
Par Charlayeur • 26 février 2008 • Categorie: Carnet de voyageLac Pokhara – Népal
(4 février 2004)
Je me lève tôt, vers 7h00, prends un énorme petit-déjeuner au restaurant Sweet Memories, et je loue un kayak à la demie journée pour parcourir le lac Pokhara. J’en ai fait le tour en quatre heures environ, avec une petite pause d’une heure. J’avais décidé de faire un break sur les coups de 11h00, tranquillement sur un coin de rive. J’ai laissé mon kayak pour marcher un peu. Un fermier du nom de Jiban vient à ma rencontre et me propose de visiter ses cultures. Nous montons sur le flanc de la colline qui borde le lac et arrivons sur des cultures en terrasses ou poussent des choux fleurs, des tomates et des radis. Quatre hommes travaillent dans cette ferme. Jiban me les présente et m’offre un thé qu’un de ses fils prépare dans un petit abri en bois. Il y a également un enclos pour les chèvres et un petit entrepôt pour les récoltes.
Jiban me propose de l’accompagner le lendemain jusqu’à sa maison qui est à trois heures de marche de Pokhara. Il me raccompagne en bas, jusqu’à mon kayak et je repars en le regardant remonter vers ses champs.
Je poursuis ma traversée vers l’ouest, où le lac se rétrécit pour ne plus former qu’une rivière traversant des champs où des hommes font circuler leurs troupeaux de vaches et de chevaux. Le retour est difficile. Il ne me reste plus qu’une heure pour retraverser tout le lac et le vent de face s’est levé. En arrivant sur la rive, je suis trempé.
Le lendemain, je me réveille vers 7h00. Je descends prendre le petit déjeuner que Deby, la nièce de Ganga (1), me prépare. Soudain j’aperçois Jiban dans la porte de la cuisine. Nous avions normalement rendez-vous près de l’embarcadère du lac. Je ne sais pas comment il a réussi à me retrouver.
Ganga lui offre un thé, puis nous partons vers les bateaux car nous devons traverser une partie du lac pour nous rendre chez Jiban. Il y récupère un petit chiot que je prendrai avec moi pendant la traversée. C’est un ami de Jiban venu vendre son lait au marché ce matin, qui nous transporte dans sa barque jusqu’à la rive d’en face. La même ou je m’étais arrêté quelques jours avant pour grimper à la Stupa (petit temple hindou, perché sur une petite montagne en face de Pokhara). Bêtement j’étais monté en sandalette. Nous allons refaire le même chemin mais cette fois j’ai des chaussures de marche et Jiban connaît tous les raccourcis qui facilitent la montée.
Après trente minutes nous arrivons au sommet. Pendant que nous prenons un thé dans la petite cahute installée en haut de la colline, Jiban me montre la montagne encore plus élevée au loin qu’il nous faut gravir pour arriver chez lui.
Nous repartons et, en route, il me fait visiter une petite école, perdue dans la montagne et dont la cour de récréation délimitée par quelques arbres est littéralement au bord d’un précipice de plusieurs centaines de mètres. Cela ‘empêche pas les enfants d’y jouer.
Nous traversons de superbes paysages et arrivons à Pumdi vers 11h20. C’est le village, ou plutôt le hameau, où habite Jiban. Je rencontre sa mère et sa femme qui sont en train de préparer à manger. En attendant, nous allons prendre un thé chez l’oncle qui tient le « salon de thé » du village. Installé avec Jiban et l’oncle en terrasse, je serre la main à plusieurs hommes qui passent et s’intéressent à ma présence.
Puis nous allons manger. La femme de Jiban nous sert un succulent Dal-vhat (2).à l’intérieur de leur maison sombre. Elle ne mange pas en même temps que nous. D’après ce que j’ai compris, les femmes ne mangent pas en même temps que les hommes.
Leurs trois enfants m’emmènent ensuite visiter leur école, à deux pas de la maison. Ici aussi la cour donne sur un précipice, et tous les enfants qui y jouent me regardent comme si je débarquait de la planète Mars. Je traverse la cour accompagné de Jiban qui me fait rentrer dans le bureau du principal. Je m’assois et deux hommes s’assoient en face de moi. De ce que je comprends ce sont deux professeurs. Ils m’observent durant une logue minute, puis entament une discussion assez banale : « D’où viens-tu ? » « Comment t’appelles tu ? »… Puis arrive le principal, plutôt grand pour un népalais. Les deux professeurs quittent la pièce. Le principal me regarde durant une longue minute, me posent les mêmes questions que ses collègues puis embraye directement sur une description de l’école. Il m’explique tout en détail en commençant par le nombre d’élèves, les rapports entretenus entre l’école et l’Unicef, en passant par le besoin de construire de nouvelles salles de classe. Parmi les quelques touristes qui sont passés ici, nombreux sont ceux qui ont fait une donation. Malheureusement je n’ai pratiquement rien sur moi. Juste de quoi payer quelques thés et un retour en bus vers Pokhara. Le principal me donne quand même l’adresse de l’école si je souhaite envoyer quelque chose plus tard, et prend soin de me laisser les coordonnées bancaires au cas ou je veuille faire un virement.
Nous visitons ensemble l’école. Je passe dans quelques salles ou les enfants, très disciplinés, le sont encore plus lorsque je les prends en photos. Puis je repars avec Jiban qui m’amène au sommet de la montagne d’où l’on peut apprécier la beauté du panorama.
Enfin il nous faudra vingt bonnes minutes de marche pour descendre à la route où je prends mon bus pour rentrer chez Ganga et manger à nouveau un succulent dal-vhat.
(1) Cela fait plusieurs jours que je suis dans la guesthouse de Ganga. Il m’aime bien et a accepté de me laisser sa meilleure chambre avec vue sur le lac. Sa nièce Deby, habite un petit village dans les montagnes, et descend aider à la guesthouse de temps en temps lorsqu’il y a besoin. Ganga me l’a plusieurs fois proposé en mariage.
(2) plat traditionnel népalais à base de riz, de lentilles et de viande ou de poisson en sauce.
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