La guerre des épaules
Par Charlayeur • 25 novembre 2007 • Categorie: Carnet de voyage(13 mai 2004 - Laos)
J’arrive à 7h30 à la gare routière qui grouille de locaux remplissant bus et pick-up de marchandises diverses. Je suis le seul touriste. je vais acheter mon billet (…), le bus est pourri, 8h15 on démarre.
Je suis assis au 7ème rang, dans la rangée de gauche, près de la fenêtre, un local est assis à côté de moi, côté passage.
Un premier contact physique s’établit, il semblerait que sa cuisse gauche frôle ma cuisse droite. Je retire ma jambe vers la gauche. Il remet ca, sa jambe se rapproche, il prend ses aises. Désormais sa jambe gauche est en partie sur mon siège, et ses larges épaules suivent le même chemin. Son épaule gauche tente de pousser mon épaule droite pour mieux se coller au siège. Je résiste un peu puis cède la place. Plus ca va, plus je me retrouve recroquevillé sur moi-même, collé contre la vitre.Il me faut réagir au plus vite.
Je profite d’un virage serré à gauche, qui “projète” tous les voyageurs sur la droite pour me remettre en position défensive, je pousse sa jambe et ses épaules en mettant ca sur le compte de la force centrifuge. Je me suis à nouveau emparé de mon territoire, mais arrive un virage à gauche, je dois tenir bon… ah le salaud ! il se laisse complètement tomber sur moi, je suis pris par surprise, et reperds mon territoire. Je dois tout remettre en oeuvre pour le bouter hors de mon siège. Au virage suivant il est plus prudent et je le déloge avec moins de facilité. Toutefois j’y parviens…
Toute la durée du voyage, soit environ 9 heures, une véritable guerre va se jouer dans ce bus. A chaque virage à droite l’adversaire se laisse tomber sur moi, je me défend en mettant mon coude sur la vitre qui me sert d’appui pour repousser sa tentative d’invasion, tout mon corps se contracte. A chaque virage à gauche, je m’effondre, deviens tout mou, me laisse aller complètement, je suis projeté vers lui et essaye de gagner ainsi un peu de son siège. Il se retient tant bien que mal en s’aggripant à l’aide de son bras gauche à l’appui-tête du siège de devant… tout devient tactique, chaque mouvement doit être étudié et anticipé en fonction des réactions du bus face aux courbes et aux reliefs de la route. Chaque erreur est fatale et oblige a redoubler d’effort pour regagner le territoire perdu… bon, ca passe le temps.



