Un weekend à La Réunion #3
Par Charlayeur • 28 décembre 2008 • Categorie: Carnet de voyageOu comment se perdre en allant au Piton de l’eau…
J’avoue tout de suite, comme ca c’est fait : je me suis encore perdu ! A croire que j’ai perdu mon sens incroyablement inné de l’orientation… Mais j’ai plûtot l’impression que c’est la région du Piton de la Fournaise qui me déboussole un poil !
C’était un de ces weekends ou je me suis encore levé tôt, parce que le soleil se lève encore plus tôt que moi et qu’il fait trop chaud dans ma chambre pour que j’espère faire la grasse mat’. Et je me suis dit qu’une petite rando me ferait le plus grand bien. Après avoir pris un peu mon temps quand même, je me décide à me rendre au Piton de l’eau. C’est une petite ballade de deux heures aller-retour, sur la route du volcan, conseillée par des collègues.
Le temps de m’acheter des chips à la station essence où j’en profite pour faire le plein (à moins que ce ne soit l’inverse), et de m’arrêter pour happer un poulet rôti en bord de route (il n’est pas un dimanche à La Réunion sans son marchand de poulet rôti tous les 500 mètres de toutes les routes de l’île et à toutes les altitudes…), je prend la route du volcan en voiture, et je cherche les indications transmises par des collègues et des sites internet. Je cherche un chemin sur la gauche après un virage… facile ! Je finis par trouver (non c’est pas là que je me suis perdu). Il faut encore rouler pendant un bon kilomètre sur une route rocailleuse pour arriver à une barrière qui dit “STOP” ! Après y’à que l’ONF qui a le droit de passer.
Je me gare, j’enfile ma panoplie de randonneur du dimanche : pantacourt déchiqueté, marcel mi-blanc, mi marron (oui oui c’est la crasse qui part pas à la machine), mes vieilles chaussures de marche et mon sac remplit de mets succulents, et je me m’arrête deux secondes devant le panneau qui indique la direction pour le Piton de l’eau. 10h30, c’est parti mon kiki, deux heures aller-retour ça va être vite fait bien fait !

Je monte… je monte… ahhh ça descend un peu… et puis ça remonte… Le paysage est sympa ! Non franchement hein ! ça vaut le coup. D’ailleurs plutôt que d’essayer d’expliquer je vous propose d’aller voir quelques photos que j’ai mis ici spécialement pour vous.
C’est bon, vous avez vu, alors je continue. donc je marche, je marche, et à un moment donné je vois une sorte de petit volcan, tout minus, au milieu de la steppe (ça ressemble à de la steppe c’est pour ça…). Je m’écarte du chemin pour m’approcher de ce petit monticule de roche volcanique, et je me dis qu’à coup sûr c’est le Piton de l’eau.
Vous voyez les deux petits chemins sur le flanc du petit volcan ? et bien j’en emprunte un, et en arrivant en haut, Ô surprise… pas d’eau. Mais rien, pas une petite flaque, rien ! Donc je regarde aux alentours, et toujours pas d’eau. Des arbustes, des collines, des chemins rocailleux, de la brume au loin (qui se rapproche dangereusement d’ailleurs)… mais de l’eau, non.
Sapristi, me dis-je ! je commence à me demander si je suis bien sur le bon chemin, sans vraiment douter non plus. Je ne vois pas comment j’aurais pu me perdre vu qu’il n’y à qu’un chemin et que j’ai pas vu d’intersection. Du coup je récupère ma route, et je poursuis. Ça fait maintenant plus d’une heure que je marche à assez vive allure, et que je courre même parfois dans les descentes.
Au bout d’une heure et demie, j’arrive enfin à une intersection, je vois un panneau qui me tourne le dos, je m’en approche et là… misère de misère ! Il indique que le Piton de l’eau est dans la direction de là ou j’arrive. Comment j’ai pu le louper ? Le panneau indique aussi que je me trouve à l’Oratoire Sainte Thérèse ! oh oh ! mais qu’est ce que je fous là moi ? Bon c’est chouette, c’est comme une mini chapelle de 1 mètre de haut avec des bougies, une sainte vierge il me semble, et quelques foulards rouges si ma mémoire est bonne, parce que je vous avoue que je me suis pas attardé non plus, je n’avais que ce foutu Piton de l’eau dans la tête, et je m’en voulais un peu de l’avoir loupé.
Je croise trois demoiselles, près du panneau, qui me disent qu’il y a une vue si je continue un peu plus haut ! Allez tant que j’y suis, je monte, 10 minutes, oui c’est beau… oh la belle vue, en plus il y a pleins de panneaux solaires qui alimentent des antennes. Génial. Je redescend avec la fougue d’un cheval de Camargue… jusqu’au panneau, et sans m’arrêter je redévalle le chemin de l’Oratoire Sainte Thérèse en sens inverse, en prenant soin de bien regarder le chemin pour y déceler un embranchement qui m’amènerait au Piton de l’eau… Il y a bien quelques monticules qui pourraient être des “pitons de quelque chose” mais aucun panneau.
Et puis je croise un couple, qui vient justement du Piton de l’eau. Incroyable non ? Et là je passe pour un abruti… Effectivement, en remontant un peu dans le temps et dans le texte, si j’avais bien regardé le panneau au début du chemin, j’aurais remarqué qu’il indiquait que le chemin que j’empruntais était effectivement celui de l’Oratoire Sainte Thérèse (vers la droite) et que si j’avais vraiment voulu aller au Piton, je serais aller tout droit. MAIS QUEL C… ! Oui mais bon, ils auraient pu faire une grosse flèche aussi, pourquoi elle est toute petite leur flèche ?
Je me permets aussi de citer le site iledelareunion.net pour vous donner un aperçu plus croustillant encore de ce qu’était auparavant cette randonnée :
“ancien chemin que prenaient les explorateurs qui partaient à la conquête du volcan (dont de nombreux sont morts d’épuisement et de froid)” (source)
Ah c’est pas rien hein… ? J’arrive donc au point de départ à 13h30 environ, je commence à avoir bien faim, et il commence à faire vraiment pas très beau. Sans m’arrêter, je passe la barrière de l’ONF, et je marche à vive allure, le regard défiant le ciel de me tomber dessus… et hop, il se met à pleuvioter… galère de galère. Des randonneurs m’affirment qu’il fait plus sec au Piton… tu parles !! J’hésite à rentrer chez moi direct. La voiture n’est encore qu’à quelques mètres, et puis je ne suis pas obligé d’y aller à ce Piton, j’ai déjà fait 3 heures de marche alors que j’avais prévu d’en faire 2. Bon allez, je poursuis. Le panneau indique 4 heures aller-retour, le couple de randonneurs m’a dit qu’il fallait en fait deux heures, si je vais vite je peux mettre 40 minutes pour descendre.
Le chemin, en fait c’est comme une départementale en cailloux. deux voitures pourraient s’y croiser, et ça tourne et ça descend tout le temps. Je marche, je marche… toujours et encore, et je croise encore des gens, qui me disent que j’y suis bientôt, mais de faire attention à ne pas aller à droite une fois au bout du chemin, sinon je risque de marcher pour rien. Sans blagues ??
Je continue ma descente, et fichtre ! j’arrive à une intersection. le chemin se sépare en deux chemins de taille égale. L’un va à gauche, l’autre va à droite. Vous auriez fait quoi vous à ma place ? J’ai suivi le conseil des gens ? Sur ma gauche il y a une sorte de piton… décidément c’est la Région des pitons ici. Normal que je me perde. je marche, je marche… 20 minutes… J’ai un gros doute ! J’aurais peut-être dû aller à droite.
Tout à coup, au détour d’un virage je me retrouve nez à nez avec trois énormes vaches et leurs énormes veaux… et quand je dis énormes, c’est qu’elles étaient au moins dix à vingt fois plus grosses que cette vache que j’avais justement pris en photo un peu avant pour vous dire combien la Réunion pouvait ressembler à la métropole parfois…

Bon là sur la photo elle a l’air petite de loin celle-la. Mais celles que j’ai vu de près étaient vraiment plus grosses. Je me suis dit “si jamais je panique, elles vont le sentir et me sauter dessus !“. Je les imaginais déjà en train de se préparer à bondir et d’attaquer toutes les trois en même temps pour me déstabiliser… et je me suis dit qu’une vache c’était quand même relativement con ! Et finalement ça ne m’a pas plus rassuré. J’ai pris une grande respiration, et j’ai marché tout doucement, en faisant des petits “cloc cloc” avec ma langue pour apaiser ces vaches folles furieuses… Elles ne bougeaient pas d’un pi, mais elles respiraient super fort et je savais que le moindre faux pas pouvait provoquer ma perte.
Finalement tout s’est bien passé, à part un des petit veaux qui s’est jeté dans un barbelet mais qui s’en est bien dépatouillé tout seul. Je continue cette petite promenade qui commence à relever plus de l’imbécilité que d’autre chose. Et je me retrouve face à un chemin qui n’en finit pas au milieu des champs de vaches. Je dis STOP, ca suffit ! Et là, la pluie se met à tomber de plus belles. Mon marcel est tout mouillé. C’est malin. Il n’y a plus qu’une chose qui maintient mon envie d’arriver au Piton de l’eau : le poulet rôti qui gît bien au chaud dans mon sac… j’ai décidé que quoi qu’il arrive je mangerai mon poulet là-bas… au Piton, ce lieu imaginaire ou personne n’est sûrement jamais allé à force de se perdre tout le temps ou de se faire attaquer par des meutes bovines assoiffées de sang et de chair fraîche.
Il me faut d’ailleurs les affronter à nouveau pour revenir sur mes pas. Je m’arme d’un bâton cette fois-ci. Nous serons d’égal à égal. Elles m’aperçoivent au loin, je marche l’air détendu. Elles ont l’air inquiet. Le bâton sûrement. Et ces idiotes de vaches se mettent à marcher devant moi dans la même direction… Ahhhhrrrr c’est pas vrai ? Elles croient que je suis leur berger maintenant ! (on dit berger pour des vaches ?). Je ne peux pas les doubler parce qu’elles ne me laisseront pas passer, si j’accélère, elles accélèrent. Alors je me décide à passer les doubles séries de barbelets pour les contourner par le champs d’à côté. Caché par des arbres, elles ne me voient plus. La panique doit les gagner. Et hop je surgis devant elles (enfin à quelques dizaines de mètres quand même, suis pas fou). Paralysées pas la peur, elles ne bougent plus. L’œil éteint par la fatigue, elle s’arrêtent et se remettent à brouter pour oublier leur émoi.
Quant à moi je finis par arriver à l’intersection… ou je prend le bon chemin. J’espère. Mes pensées se résument à “Piton de l’eau” et “Poulet rôti”… parfois je suis confus et je pense à une “poule d’eau” sur un “piton rôti”… (bon ok je viens d’inventer ça pour essayer d’être drôle, d’ailleurs j’en rigole moi-même).
Soudain, un miracle se produit. J’entends une femme qui crie à son mari : “je sais plus, c’est par là qu’on est arrivé, ou par là ?“… ils redescendent en fait du Piton de l’eau avec leurs enfants, et moi j’arrive, trempé, crade et fatigué (alors que je suis censé n’avoir fait qu’une petite descente d’une heure) et j’annonce en toute confiance “c’est par là madame !“, un peu sur un ton, “ne vous inquiétez pas, je connais la région comme ma poche“. Puis j’entame la petite montée d’environ 4 minutes jusqu’à… une marre d’eau d’environ 20 mètres de diamètre entourée de grosses touffes de végétation et de touristes(1) bruyants qui jettent des pavés dans l’eau ! Fantastique ! Je cache ma joie à la vue de ce spectacle.
Malgré tout je suis content d’être là. Je me pose, je sors le poulet du sac, je me gave comme un cochon, je mange tous mes fruits, mes chips, mes Princes de Lu… en gros je vide mon sac dans mon ventre.
Les touristes(1) s’en vont au bout d’une demie heure. Je suis seul. Il est pratiquement 15h. Je repars après 5 minutes pendant lesquels j’ai fait gentiment le tour de la marre. Il faut que je me remonte la départementale en cailloux pendant une heure.
à 16h, j’arrive à ma voiture, les pieds un peu endoloris, des balaises de coups de soleil sur les épaules et dans le coup (bronzage marcel assuré pour un mois). C’était un dimanche matin, j’étais motivé pour une ballade de santé… je rentre chez moi avec 6 heures dans les pattes. La prochaine fois je regarderai les panneaux et je prendrai une carte.
Je tiens quand même à ajouter qu’en de meilleures circonstances j’aurais vraiment apprécié le Piton de l’eau. D’ailleurs je le recommande comme petite promenade sympa du dimanche.
(1) Le mot “touriste” a ici une vocation péjorative mettant en exergue le caractère très exacerbant que peut parfois avoir un touriste lorsqu’il à l’impression qu’il peut faire n’importe quoi pendant son “tour”, et ce sont notamment des choses qu’il ne ferait pas chez lui. Mais je ne leur “jette pas la pierre”… ça a dû m’arriver aussi







[...] Voici une nouvelle gallerie photo de La Réunion. Elles ont été prises pendant un petit périple assez mouvementé que vous pouvez découvriri ici. [...]
Moi qui cherchait quelques infos sur le Piton de l’eau voire une carte pour ne pas me perdre demain, je suis tombée sur ce petit article …. hilarant ! J’ai particulièrement aimé le passage chevaleresque de l’affrontement avec la bête du Piton (qui n’a rien à envier à la bête du Gévaudan quoique sur les photos, elle parait placide). Ca n’enlève (presque) rien au courage qu’il a fallu pour l’affronter … et passer de l’autre côté de la barrière, dans le champ en lui laissant le chemin ! Je vais essayer de faire mieux demain et aussi … plus court. Bravo pour ton site et ton écriture très ironique et agréable à lire.
Sonia