Une nuit en enfer !
Par Charlayeur • 25 novembre 2007 • Categorie: Carnet de voyage(10 Septembre 2004 - Route entre Chiclayo et Chachapoyas - Pérou)
Enfin je suis allé au terminal de bus pour me rendre de nuit a Chachapoyas. La salle d’attente etait remplie de vieux sièges deglingués de bus. Ca laissait présager quelquechose…
18h00, le bus arrive. Je m’installe a ma place 45, la dernière rangée tout au fond près de la fenêtre de gauche. La pire place quoi. Le bus démarre. Première impression : “ca bouge pas mal la dedans”. On accélère, et ca saute de plus en plus, les passagers a l’arrière bondissent littéralement sur leurs sièges. Je ne vois qu’une raison a cela, ils ont changé les amortisseurs pour des ressorts de stylo-bille. Le temps passe, on s’arrête vers 21h00 pour manger du poulet degueu et du riz (ce que je mange environ 3 fois par jour depuis quelques temps). On repart, je regarde les étoiles dans la nuit noire et à 1h00 je ne dors toujours pas. Impossible, a chaque caillou ou petit trou sur la route, le bus part en vrille. Au moment ou je m’assoupie, nous arrivons a Pedro Ruiz ! 2h00 du matin PEDRO RUIZ, derniere étape avant Chachapoyas. Dans mon guide ils mettent que de là, il ne reste PLUS que 90 minutes de trajet dans de superbes paysages. Parfait. Sauf que la réalite va s’avérer bien différente.
Après un arrêt de 5 minutes, pour prendre de nouveaux passagers (certains s’assoient, pour le même prix, a même le sol dans la rangée du milieu), nous repartons. A la sortie du village, c’est un autre monde qui commence :
la route de l’enfer.
Les deux heures qui vont suivre vont me paraître aussi longues que les 7 heures déjà passées.
le bus s’élance, et tout se met en branle. Ma fenêtre s’ouvre toute seule, la carlingue émet une multitude de sons insolites, j’ai l’impression d’être en boîte de nuit et d’écouter de la musique électronique. Sur ma gauche, les gaz d’échappements du bus, sur ma droite, ceux de mon voisin qui est desormais affalé sur moi. Quoi ? il dort ? Mais… mais ils dorment tous… comment ils font ? suis-je le seul a réaliser ce qui se passe ? ah non, le chauffeur doit également être au courant (esperons le !). Nous croisons un camion et je peux enfin voir l’état de la route : des nids-de-poule partout. Il semblerait que cette route eût été pavée autrefois et qu’ils aient finalement décider d’enlever tous les pavés pour y mettre des trous a la place. Ahhh ils savent s’amuser les peruviens.
Le siège du passager devant moi est maintenu par mes genoux, je soutiens la tête de mon voisin de droite avec mon épaule droite, je ferme regulièrement la fenêtre avec ma main gauche, et mes tibias font du kik-boxing avec la barre en fer sous le siège de devant.
Le bus est tellement en branle permanent que des symptômes apparaissent : je commence par avoir le hoquet, s’ensuivent des montées d’acides gastriques qui viennent apparement dissoudre mes cervicales. Si si. Mes rotules ne sont plus que de vulgaires charnières sans vie, sans forme, sans désir d’aller plus loin. Mon cou, enroulé dans une echarpe guatemalteque et un sous-vtement damart mexicain, commence a souffrir et lutte contre l’arrivée d’un imminent torticoli. mon appendice intestinal est au bord de la crise, mon intenstin en personne semble s’être enroulé autour de ma colone vertebrale et mon coeur fait du tobogan dessus… je me protège les narines de la poussière ambiante avec un foulard, et j’attrape au vol tous les paquets de gateaux, bouteille d’eau et autres mets succulents qui jaillissent de mon sac. Tiens, je pense soudain que mon sac-a-dos doit être désormais dans un sale état vu qu’il est en soute avec une dizaine de bidons remplis de poissons fraichement péchés.
Il fait nuit mais la lune vient d’apparaître, je vois le paysage se dessiner. Un monde désertique, rocailleux ou seuls quelques cactus survivent. Puis ca devient irréaliste, nous passons maintenant dans des tunnels naturels creusés dans la roche. Certains ne sont que des demi-tunnels, en demi cercle du sol jusqu’au plafond. Le bus fraule les parois, de l’autre côté, les pneus viennent tester l’efficacité des bas-côtés en sable qui cotoient des précipices d’environs 30 mètres (enfin d’après ce que je peux imaginer dans le noir). J’ai vraiment l’impression d’être sur la lune. Sauf que si un bus de 50 peruviens se balladait sur la lune vous l’auriez certainement appris sur TF1 plutôt qu’ici.
Au bout d’une heure, on croise un village fantôme, maisons détruites, pas un chat, puis deux usines secrètes. Je n’arrive toujours pas a comprendre comment les passagers arrivent a dormir. On dirait des poupées molles qui s’entrechoquent et qui bavent… délire !
Puis, au bout d’une heure et demie, c’est la quatrième dimension… sans raison apparente, la route change du tout au tout, au beau milieu de la montagne. nous sommes accueillis par une voie goudronnées toute neuve avec des bandes peintes au milieu et sur les cotes, dotées de petits trucs qui brillent au passage des phares du bus. Celui-ci ne branle plus, on dirait qu’il a decolle, les sons insolites se sont tut, ma fenêtre ne s’ouvre plus, je peux presque entendre ronfler mon voisin péteur… C’est peut etre pas la meilleure, mais l’impression que j’ai eu a ce moment là c’est de debarquer a Douvre en Angleterre, dans une vieille mercedes. Bon.
Je m’assoupie alors, puis nous arrivons quelques minutes plus tard, enfin, a Chachapoyas. 2335 mètres d’altitude, 25000 habitants. Il est 4h30, il pleut, je ressemble a une courgette avec un gros sac sur le dos, je me traîne dans les rues jusqu’à trouver un hotel pas cher avec salle de bain et eau chaude. Je me couche après avoir fait un vague bilan de mes équimoses. Bizarrement j’ai du mal a m’endormir.
(…)
Tout ca pour dire que le trajet CHICLAYO-CHACHAPOYAS de nuit est desormais en tête du top 5 des pires trajets de bus de toute ma vie (devant le Nepal et la Birmanie…). Je vous le conseille vivement. Quelle poilade !



